COLOMBIE – 3

26 juillet 2019 4 Par Virginie

Medellin

On attaque les plats locaux sur la route … chorizo maison pour Félix et « bandeja paisa » pour nous …miam !

Si à l’étranger, Medellin est tristement célèbre pour son cartel (une époque révolue) en Colombie, elle est surtout considérée comme le premier centre industriel et la ville la plus prospère du pays. Les paisas (habitants d’Antoquia) connus pour leur esprit d’entreprise ont fait de Medellin une métropole à l’avant-garde du progrès: c’est la seule ville du pays à posséder un réseau métropolitain moderne à faire pâlir de jalousie de nombreuses mégalopoles européennes. Ces 2,5 millions d’habitants disposent par ailleurs du meilleur réseau de distribution d’eau et de téléphone ainsi que des meilleures infrastructures de santé du pays. Située à 1538m d’altitude, Medellin s’étend dans « la vallée de l’éternel printemps et des orchidées ». Jusqu’à l’arrivée des Espagnols en 1541, la région était habitée par des Indigènes Aburráe. Après une période de reconnaissance et de lutte contre les autochtones, le conquistador Don Francisco Herrera Campuzano fonde la ville de San Lorenzo en 1615, à l’emplacement actuel du quartier El Pueblado. Au 18ème siècle, des immigrants basques et juifs espagnols fuyant les persécutions de l’Inquisition s’y installent et développent l’agriculture et l’élevage. En 1826, la ville supplante Santa Fe de Antoquia et devient la capitale du Département d’Antoquia.

nous découvrons la périphérie de Medellin
petit arrêt pour tester une nouvelle spécialité locale….nougat souple au miel…

Nous avons quelques travaux d’entretien à faire (révision complète et changements des filtres à air et huile, vidange aux 9000kms de trajet) au garage Iveco de Medellin …

On en profite pour se poser dans un appart-hôtel car nous faisons installer une nouvelle baie côté salon … le vandalisme et la chaleur ont eu raison de la première malgré les réparations entreprises …

une petite boutique …
des moyens à la colombienne …
merci à Francisco pour son travail, sa patience et son sourire…
toute belle, toute neuve … et on va pouvoir ventiler en roulant !

Nous décidons de prendre un tour de la ville de Medellin afin de mieux comprendre son histoire… Nous rencontrons donc Yolanda qui parle français couramment, qui est colombienne et qui réside à Medellin …

Medellin a prospéré à partir du début du 20ème siècle grâce, essentiellement, aux industries textiles, aux fibres synthétiques, à la bière, à la sidérurgie et au ciment. Medellin est aussi une grande ville universitaire et la capitale nationale du tango. C’est une ville au développement récent, propre et cultivée. Les habitants sont aussi fiers de leur ville que prêts à tout pour que le séjour des étrangers soit des plus agréables !

Les projets ne manquent pas pour suivre cette modernisation effrénée. En 2013, Medellin a obtenu le titre de la capitale mondiale de l’Innovation, décernée par le Wall Street Journal et le City Group qui ont salué le dynamisme de la cité et ses avancées en terme d’intégration sociale et d’éducation, d’écologie, de technologie, d’architecture et de culture : baisse de 80% du taux d’homicides depuis 1991, réduction significative du taux d’émission de CO2, téléphériques et escaliers roulants desservant les quartiers les quartiers les plus défavorisés, bibliothèques publiques modernes au sein de ces quartiers, …

Nous commençons par visiter le « Cerro Nutibara », colline à 80m de haut qui est la réplique d’un village paisa traditionnel, avec son église, sa place centrale, son épicerie-bar (fonda) et quelques maisons fleuries.

Les quartiers de la ville (comuna) sont classés de 1 à 6 en fonction de leur niveau socio-économique (le niveau 1 étant le plus défavorable). Ainsi, les taxes et le paiement des services publics sont calculés selon la zone d’habitation … En général, les quartiers les plus défavorisés se situent sur les collines, en hauteur …et au nord de la ville …

panorama de la ville

Direction le métro (mis en place en 1995) avec ses 2 lignes… aux antipodes de son homologue parisien…certes plus récent mais d’une propreté implacable… ici, les habitants oeuvrent et se battent pour obtenir des biens publics qui les aident dans leur quotidien alors ils sont très attentifs à leur entretien..

un petit air de Paname

Changement de moyen de transport …nous testons le téléphérique (metrocable) avec ses 3 lignes et qui est connecté au métro …fierté des habitants de Medellin et qui a permis aux habitants des hauteurs de pouvoir se déplacer …

déjeuner typique

Le Palais de la Culture ou l’influence du gothique florentin !

Les oeuvres de Fernando Botero sont omniprésentes dans la ville et en particulier en centre-ville (Plaza Botero).

emplette de cerf-volants…avec la bonne humeur du vendeur !
Iglesia de la Veracruz … l’un des rares bâtiments datant de l’époque coloniale (1791); elle fut édifiée pour servir de tombe aux étrangers puis elle fut transformée en lieu de culte…
ancien tribunal réhabilité en centre commercial !

Plaza Cisneros-Parque de la Luz : l’orgueil de la ville; une forêt de guadua et de lumières artificielles rappelant que Medellin se situe à l’avant-garde du progrès technique en Colombie. 300 tours en spirale de 24m de hauteur. Le design est l’oeuvre de l’architecte Juan Manuel Peláez.

un petit jus de canne à sucre avant la suite de la visite …

Nous arrivons vers un des lieux mythiques de la ville : la comuna 13… un quartier sensible à flanc de montagne en pleine métamorphose grâce à une action sociale et dynamique de la part de la municipalité.

La Comuna 13 est une zone stratégique, la porte d’entrée et de sortie de Medellin vers la région d’Uraba. Dans les années 90, le conflit se rapproche de Medellin et les FARCS et l’ELN (guerilla marxiste) vont prendre le contrôle du quartier. Pendant 10 ans, entre guérillas, paramilitaires et bandes armées liées au narco-trafic, la Comuna 13 va devenir l’un des quartiers les plus dangereux de la Colombie. La population est laissée à l’abandon par les pouvoirs publics, c’est l’anarchie et la violence.

quelques moments de jeux et d’échanges avec les enfants du quartier …
groupe de hip-hop de la comuna 13
escalier roulant
quelques achats pour encourager l’artisanat local …
A ce jour, les procès ont déjà commencé et il semble que ce terrain soit l’un des plus grands charniers des guérillas (les familles des disparus attendent que les fouilles soient entreprises…)
Nous avons été surpris de prime abord de voir des éléphants souvent représentés …. ils rappellent le devoir de mémoire …pour que ces terribles années de violence ne reviennent jamais …

En 2002, le gouvernement décide de lancer une ultime opération militaire pour « nettoyer » le quartier. Aidée par les milices para-militaires, l’armée entre dans la Comuna 13 et encercle le quartier, c’est l’opération Orion. Cette opération a marqué à jamais l’histoire du quartier: pendnat 3 jours, les habitants vont vivre une véritable guerre urbaine, faisant plusieurs morts et des centaines de blessés chez les civils. On parle également d’une centaine de disparus, jamais retrouvés, qui seraient enterrés dans une fosse commune clandestine dans les montagnes.

fresque symbolisant l’opération Orion

L’opération Orion terminée et la guérilla marxiste écartée, ce sont les milices para-militaires qui prennent le contrôle de la Comuna 13. Le procédé des groupes para-militaires est connu et a été reproduit dans les différentes régions du pays. C’est la « limpezia social », le nettoyage social. Autrement dit, les civils soupçonnés d’entretenir la guérilla vont être assassinés. la terreur continue, pendant plusieurs années, sans aucune intervention de l’Etat.Agissant comme une mafia, les familles du quartier vont être menacées, extorquées, des habitants vont continuer à disparaître.

Malgré le supposé désarmement des groupes para-militaires, il va pourtant falloir attendre la fin des années 2000 pour voir le quartier s’apaiser. Des initiatives des habitants commencent à voir le jour, notamment par la jeunesse et les mouvements hip-hop. La ville commence également à investir pour apporter son aide au développement du quartier. C’est enfin le début de la renaissance de la Comuna 13.

dans le contexte de l’immigration vénézuélienne …

On vient à la Comuna 13 pour rendtre hommage à la résilience d’un peuple et écouter le message qu’ils ont à nous enseigner ….

Nous voulions remercier l’agence Palenque Tours pour l’organisation de cette journée et en particulier Yolanda pour toutes ses explications et en particulier cette visite à la Comuna 13, sans voyeurisme …

Cette photo résume tout ….nous sommes tombés sous le charme de cette ville et de son histoire …